Collective videopoem project : send your video!

Hello,

I’d love to invite you to take part in my upcoming video poem.

The idea is simple: record yourself, facing the camera on your phone, reading one sentence from my poem “I Sat Down by the River”, in your mother tongue. Through the magic of editing, numerous faces, voices and languages ​​will emerge to form a collective reading.

This poem will be presented as part of POETRY EXPO 2026, an initiative of the European Versopolis network. It brings together two characters who share a moment of life — a pause in which we step out of the fast current of the world to take care of our souls: burnout, depression, grief, pain, trauma…

In such moments, sharing lived experiences is essential to break the silence, shame, and stigma still surrounding mental health issues. That’s why I want to gather many faces, voices, and languages, to reflect the universality of these experiences and encourage openness.

If you’d like to participate, send a Whtsapp message to +33682109900 and I'll send you a sentence or two that you can record and send back to me.

Thank you!

Geneviève (Eva)

Here is the whole poem, first in French, then translated in English :




JE ME SUIS ASSIS AU BORD DE LA RIVIERE

Hier, je nageais dans le courant
C'est ce qu'ici tous font
De la source tarie à l'océan espéré
Tous espèrent arriver
Mais personne n'est revenu pour dire
Ce qu'il avait trouvé

Aujourd'hui, moi, Cami,
J'ai quitté le courant
Aujourd'hui
Je me suis assis au bord de la rivière

Je me suis assis sur une pierre plate et lisse
Elle est très vieille
Je crois

Voilà, je suis assis sur une pierre au bord de la rivière
C’est un panorama
Un point de vue
De là je vois le courant
Et les nageurs et les nageuses
Progresser dedans

Certains nagent vite
Leurs muscles saillants brillent dans l'eau
Ils plongent la tête sous le coude et le coude sous l'eau
remontent prendre de l'air à la surface
et recommencent encore et encore
Certains nagent vraiment très vite

Depuis ma pierre je vois
Les nageuses et les nageurs 
Mais moi, personne ne me voit
Sans doute qu’ils nagent trop vite pour me voir
Ou alors ils ferment les yeux à cause de l'eau
Ou alors c'est la nuit
Ou alors 
Peut-être que la pierre m’a rendu invisible
Peut-être que c’est un endroit magique
Je ne sais pas

Aujourd'hui pourtant quelqu'une m'a vu
Quelqu'une est venue s'asseoir à côté de moi sur la pierre lisse et plate
Elle m'a raconté : 

- Un jour, il y a longtemps, moi, Noa, je me suis assise au bord de la rivière
Comme toi j'ai quitté le courant
Comme toi, je me suis assise sur une pierre plate et lisse
Une très vieille pierre
De là, comme toi, je voyais les nageurs et les nageuses
Progresser dans le courant
Certains nageaient très vite
Ils ne me voyaient pas

Comme toi, je croyais que j'étais invisible
- Mais tu ne l'étais pas ?
- Mais je ne l'étais pas.
- Et tu m'as vu, moi, Cami ?
- Et je t'ai vu, toi, Cami.
Toi non plus tu n'es pas invisible
C'est juste que 
depuis la rivière on ne voit pas la rive

- Ainsi, un jour, il y a longtemps, tu as quitté le courant
- Oui, comme toi, avant toi j'ai quitté le courant

Quand je nageais, il y a longtemps, moi Noa,
J’avançais la tête sous l’eau dans le courant
Pour respirer je remontais parfois à la surface
Mais j’avais peur qu’on me dépasse
Et je replongeais et j’accélérais 
C’était dur je faisais la grimace
Parfois, je nageais vraiment très vite

Dans l’eau c'était comme la nuit
Je fermais les yeux
Je ne voyais plus rien 
Je ne regardais jamais la rive
Alors forcément 
Un jour j'ai trébuché

- Tu as trébuché ?
Mais comment peut-on, dans l’eau, trébucher, 
et quand on nage si bien ?
- J'allais si vite si fort et les yeux si fermés
Les bras, les jambes, tout s’est emmêlé
- Ainsi, tu as trébuché
- J’ai trébuché
Et, comme j'avais appris à nager, j'ai désappris
Tout ce que je savais, je ne le savais plus
Je confondais le haut et le bas
Le dessous du dessus
Et la peine et la joie
Et ce qui est juste et ce qui est fou
Tous les nageurs, toutes les nageuses me dépassaient
Je restais sur place
- C’est ainsi que tu as quitté le courant
- Un jour, je me suis assise sur la rive

- C'était cela ou couler
- C'était cela ou couler

Noa est restée à mes côtés
Sur la pierre vieille et lisse de la rive
Et nous avons regardé les nageuses et les nageurs 
avancer les yeux fermés dans la nuit du courant

Au matin, la visiteuse s’est levée
Elle a posé sa main sur mon épaule 
Puis a plongé, retrouvant l’eau de la rivière
Elle nageait lentement
Dans l’eau ses muscles souples se mouvaient doucement
Etonnamment, elle n’était pas emportée par le courant
Et les yeux bien ouverts 
elle s’arrêta même un instant
me fit un signe en souriant
Après cela, elle disparut

Moi, Cami, je suis resté au bord de la rivière
Sur la pierre plate et lisse
les yeux grands ouverts 
Les yeux grands ouverts je suis resté une année entière
Une année je suis resté sur la pierre

A mes pieds les feuilles rousses de l'automne
Ont disparu sous le givre
Dans la neige poussait la promesse jaune des jonquilles 
Le soleil a lancé du rouge, du vert, du mauve, du bleu pour faire des fleurs
Après, j’ai mangé leurs parfums dans les fruits

En bas, les nageurs et les nageuses nageaient 
Tête sous le coude, coude sous l'eau
Nageaient dans le grand courant
Oublieux des saisons qui passaient sur la rive

Ils n’écoutaient pas
Le craquement des feuilles
Les crissements de neige
Le vent dans les pousses
Ils n’écoutaient pas
La chute des poires mûries dans l’herbe
Les battements de leur cœur

Ils ne voyaient pas
Le vol furtif de la mésange
La promenade des écureuils dans les cimes
Les chevaux qui cavalent dans les nuages

Ils ne sentaient pas
Le muguet, la rose, le jasmin
L’odeur de l’eau verdie par les mousses
Ils ne sentaient pas les parfums
Du sous-bois soupirant sous la pluie

Ils ne touchaient pas du plat de la main
Le plat de la pierre lisse
Ils ne recueillaient pas dans leur paume
Le froid des gouttes de pluie froides
Ils ne posaient pas la plante de leur pied
Sur la glaise chauffée de l’été

Ils ne goûtaient pas
Les fruits que les arbres nous donnent en offrande
Pour que nous plantions leur graine

Ils ne voyaient, 
ni ne sentaient, 
ni n’entendaient, 
ni ne touchaient, 
ni ne goûtaient
Il n’y avait que
Leur flux sans fin dans le courant
Leur flux aveugle

Assis sur la pierre, j'ai regardé passer le temps, les saisons
Et ce que je voyais
Ce que je sentais
Ce que j’entendais
Ce que je touchais
Ce que je goûtais
Il y avait très longtemps que je ne l’avais pas vu
Que je ne l’avais pas senti
Que je ne l’avais pas entendu
Que je ne l’avais pas touché
Que je ne l’avais pas goûté

Avec mes yeux nouveaux j’ai vu le bleu de la rivière
Et la beauté des courbes de l’onde
J’ai entendu sa musique clapotante et fière
J’ai senti le parfum de l’eau
J’ai eu soif d’y goûter à nouveau
J’ai vu le bleu et le vert de la rivière
Et de nouveau mon cœur battait
Mon cœur battait
D’espoir et d’attente
De désir de l’eau

J'ai plongé

L'eau n'était plus la même
Le courant semblait moins dangereux, moins fort, moins impérieux
Ou c’était moi
C’était moi, je crois
Cami
J'étais devenu plus fort

Je n’ai plus les mêmes bras
Je n’ai plus les mêmes jambes
Je n’ai plus le même cœur
Je n’ai plus la même tête
Maintenant je nage de nouveau

Je n’enfouis plus la tête sous le coude
Je sais faire beaucoup d’autres choses
Garder les yeux ouverts sous l’eau
Jouer à cache-cache avec les poissons
Nager à contre-sens
Faire la planche, nez dans le bleu
M’arrêter sur le bord
Respirer la rivière d’un peu plus loin
J’ai le temps maintenant
Maintenant je le prends

Maintenant je nage autrement
Je verrai bien si j'arrive à l'océan
Je ne suis pas pressé
Non, je ne suis pas pressé

Parfois, quand je vois quelqu'un sur la rive, je quitte la rivière, je le rejoins
Je m’assieds à côté de lui, à côté d’elle, et je lui raconte
que moi aussi, un jour, j’ai trébuché dans le courant.
Et je lui dis : 
Un jour, moi, Cami,
J'ai quitté le courant
Un jour, comme toi,
Je me suis assis au bord de la rivière


I SAT DOWN BY THE RIVER

Yesterday, I was swimming in the current
That's what everyone does here
From the dried-up spring to the hoped-for ocean
everyone hopes to arrive
But no one has come back to tell
what they found

Today, I, Cami,
left the current
Today,
I sat down by the river

I sat on a flat, smooth stone
It is very old
I think

So here I am, sitting on a stone by the river
It's a panorama
A viewpoint
From here I can see the current
And the swimmers
Progressing through it

Some swim fast
Their bulging muscles glistening in the water
They dive with their heads under their elbows and their elbows under the water
They come up for air at the surface
And start again and again
Some swim really fast

From my rock I can see
The swimmers 
But no one can see me
Perhaps they swim too fast to see me
Or maybe they close their eyes because of the water
Or maybe it's night-time
Or perhaps 
Perhaps the rock has made me invisible
Perhaps it's a magical place
I don't know

Today, however, someone saw me
Someone came and sat next to me on the smooth, flat rock
They told me: 

- One day, a long time ago, I, Noa, sat down by the river
Like you, I left the current
Like you, I sat down on a flat, smooth stone
A very old stone
From there, like you, I watched the swimmers
making their way through the current.
Some swam very fast
They didn't see me

Like you, I thought I was invisible
- But you weren't?
- No, I wasn't
- And did you see me, Cami?
- And I saw you, Cami
You're not invisible either
It's just that 
from the river you can't see the bank

- So, one day, a long time ago, you left the current
- Yes, like you, before you, I left the current

When I swam, a long time ago, I, Noa,
I moved forward with my head under water in the current
To breathe, I sometimes came up to the surface
But I was afraid of being overtaken
So I would dive back down and swim faster 
It was hard, I would grimace
Sometimes I would swim really fast

In the water, it was like night-time
I would close my eyes
I couldn't see anything 
I never looked at the shore
So inevitably 
One day I tripped

- You tripped?
But how can you trip in the water, 
when you're swimming so well?
- I was going so fast, so hard, with my eyes closed
My arms, my legs, everything got tangled up
- So you tripped
- I tripped
And, as I had learned to swim, I unlearned
Everything I knew, I no longer knew
I confused up and down
The underside of the top
And sorrow and joy
And what is right and what is crazy
All the swimmers, all the swimmers passed me by
I stayed where I was
- That's how you left the current
- One day, I sat down on the bank

- It was that, or sink
- It was that, or sink

Noa stayed by my side
On the old, smooth stone of the bank
And we watched the swimmers 
move forward with their eyes closed in the night of the current

In the morning, the visitor got up
They placed their hand on my shoulder 
Then dived in, returning to the river water
They swam slowly
In the water, their supple muscles moved gently
Surprisingly, they were not carried away by the current
And with theirr eyes wide open 
they even stopped for a moment
and smiled at me
After that, they disappeared

I, Cami, remained at the river's edge
On the flat, smooth stone
My eyes wide open 
My eyes wide open, I remained there for a whole year
For a year, I remained on the stone

At my feet, the russet leaves of autumn
Disappeared beneath the frost
In the snow grew the yellow promise of daffodils 
The sun cast red, green, mauve and blue to make flowers
Afterwards, I ate their scents in the fruit

Below, the swimmers swam 
Head under their arms, elbows under the water
Swimming in the great current
Oblivious to the seasons passing on the shore

They weren’t listening
To the crackling of leaves
The screeching of snow
The wind in the shoots
They did not listen
To the fall of ripe pears in the grass
The beating of their hearts

They weren’t seeing
The furtive flight of the titmouse
The squirrels walking in the treetops
The horses galloping in the clouds

They weren’t smelling
The lily of the valley, the rose, the jasmine
The smell of water turned green by moss
They weren’t smelling the scents
Of the undergrowth sighing in the rain

They weren’t touching, with the flat of their hand
The smooth surface of the stone
They weren’t gathering, in their palms
The coldness of the raindrops
They weren’t putting the soles of their feet
On the clay warmed by summer

They weren’t tasting
The fruits that the trees offer us
So that we may plant their seeds

They weren’t seeing
nor smelling
nor hearing
nor touching 
nor tasting
There were only the swimmers
Forming an endless flow in the stram
A blind flow

Sitting on the stone, I watched time pass, the seasons
And what I saw
What I smelled
What I heard
What I touched
What I tasted
It had been a very long time since I had seen it
Since I had smelled it
Since I had heard it
Since I had touched it
Since I had tasted it

With my new eyes, I saw the blue of the river
And the beauty of the curves of the waves
I heard its proud, lapping music
I smelled the scent of the water
I longed to taste it again
I saw the blue and green of the river
And once again my heart beat
My heart beat
With hope and expectation
With desire for the water

I dived in

The water was no longer the same
The current seemed less dangerous, less strong, less imperious
Or maybe it was me
It was me, I think
Cami
I had become stronger

Now
I no longer have the same arms
I no longer have the same legs
I no longer have the same heart
I no longer have the same head
Now 
I swim again

I no longer bury my head under my elbow
I know how to do many other things
Keep my eyes open underwater
Play hide and seek with the fish
Swim against the current
Float on my back, nose in the blue
Stop at the edge
Breathe in the river from a little further away
I have time now
Now I take it

Now I swim differently
I'll see if I can reach the ocean
I'm in no hurry
No, I'm in no hurry

Sometimes, when I see someone on the bank, I leave the river and join them
I sit next to him, next to her, and I tell them
that I too, one day, tripped in the current
And I say to them: 
One day, I, Cami,
left the current
One day, like you,
I sat down by the river